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Audiomat

Interview Magazine Haute-Fidélité
"L’important, c’est le plaisir."

À l'occasion de la sortie de l'excellent convertisseur Tango 2.5, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec le créateur d'Audiomat, Norbert Clarisse et de revenir sur les choix et les valeurs qui en ont fait une marque authentique et incontournable.

Haute Fidélité : Quel est le véritable credo d'Audiomat ?


Norbert Clarisse : Nous sommes des artisans qui fabriquons des produits se rapprochant le plus possible d'une qualité industrielle. Par contre, nous ne sommes pas des industriels au marketing fracassant. Nous n'avons d'ailleurs pas vocation à inonder le marché, mais essentiellement à toucher les mélomanes exigeants désireux d'acquérir des produits irréprochables. Comprenez-nous, la notion d'artisanat est primordiale à nos yeux, car l'artisan veille scrupuleusement à chaque détail de sa réalisation, si infime soit-il. Il a donc une démarche totale et ne laisse rien de côté. Il fait tout pour que le produit soit pleinement abouti. Et il cherche inlassablement comment l'améliorer. Notre démarche s'inscrit donc dans la durée. C'est ce qui nous guide depuis la création d'Audiomat en 1985. Et, je ne vous ferai pas l'injure de vous préciser que sans passion, tout cela n'existerait pas.

H.F. : Comment transposez-vous cette philosophie pour fabriquer un produit comme le Tango 2.5 ?


N.C. : C'est avant tout le fruit de l'expérience. Par rapport au prix de revient, par exemple, c'est dix ans d'essais, de changements de fournisseurs, de développements et d'améliorations des circuits. Puis vient la phase de l'optimisation, soit par la qualité des composants, soit par des réglages ultra-fins, ultra-précis. Par exemple, le réglage de la polarisation des transistors de sortie. On a passé des jours sur ce réglage, parce que le plus petit changement s'entend. Idem pour le réglage du taux de contre-réaction sur les amplificateurs. On règle ça au quart de décibel, tout en tenant compte de la disparité des gains entre tubes, mais aussi de l'évolution du gain des tubes. Comme un tube neuf a un gain plus faible qu'un tube rodé, on en tient compte dans le réglage.

H.F. : Pourquoi certains de vos appareils sont-ils à tubes (les amplificateurs) et d'autres à transistors (les convertisseurs) ?


N.C. : Notre position est très simple: utiliser la bonne technologie au bon endroit. Pour prendre un exemple, faire un convertisseur à tubes réellement performant à un prix accessible, nous, on ne sait pas faire. Rajouter un étage à tubes derrière un convertisseur classique est pour nous un non-sens. Tout simplement parce que c'est un étage supplémentaire qui va avoir deux conséquences directes: d'abord la perte d'informations et ensuite le rajout d'une coloration "typée tube" plus ou moins agréable sur tous les disques. Pour nous, un convertisseur à tubes ce n'est pas cela. C'est un schéma spécifique à tubes développé pour un étage de sortie d'un convertisseur. Je ne vous cache pas que ce projet est dans nos cartons, mais cela coûtera plus cher que le convertisseur classique à transistors.
En matière d'amplis, nous avons fait des tentatives "tout transistor", mais par rapport à un Prélude ou à un Solfège, il manque ce petit supplément d'âme qui fait la différence, ce côté vivant du tube bien maîtrisé. Nous ne sommés pas du tout partis, il y a quinze ans, avec le parti pris que le tube est meilleur, que les anciens ont tout compris et qu'il faut faire les choses à l'ancienne. Nous ne sommes pas des accrocs du tube. Nous détestons le son tube caricatural, rond, sans extrême grave ni extrême aigu et chaleureux à l'excès. Avec un Solfège Référence, par exemple, la dynamique est répartie sur tout le spectre, contrairement à certains "transistors" qui concentrent tout dans le médium. Même en termes de détails et de transparence, le Solfège Référence va très loin. Un "transistor" demande souvent de gros moyens pour bien fonctionner. A prix égal, un tube a plus de chance de mieux fonctionner.

H.F. : Contrairement à ce que disent certains, le tube ne serait donc pas une technologie totalement dépassée ?


N.C. : Non, pas le moins du monde. Tout dépend de la manière dont on utilise la technologie. L'évolution des composants et l'amélioration de notre schéma nous ont ouvert des perspectives sur la réalisation des amplis à tubes. Ainsi, avec la qualité d'alimentation, l'absence totale de contre réaction et le travail mécanique que l'on réalise sur nos amplificateurs, on arrive à la transparence des meilleurs "transistors", tout en conservant la fluidité et la richesse harmonique du tube.

H.F. : Comment articulez-vous la gamme Audiomat ?


N.C. : Très simplement, les écarts de prix entre les appareils sont toujours justifiés par les écarts en musicalité. C'est le principe de la sphère. Au fur et à mesure que l'on monte en gamme, la sphère grandit. Tous les paramètres vont plus loin.

H.F. : L'attention au détail chez Audiomat frise l’obsession ?


N.C. : Ces détails sont le fruit de notre expérience. Tous ces petits détails s'entendent. Mais d'autant plus que le schéma a évolué, que la mise en oeuvre est maîtrisée et que le produit est mature. Il nous faut toujours tout remettre en question. Le bon réglage à un moment donné, sur un appareil donné n'est pas forcément le bon réglage un an plus tard. II faut tenir compte de l'évolution, tout réécouter.

H.F. : Le schéma de base est le même depuis le début ?


N.C. : Oui, depuis 1985. Le schéma original a été créé il y a quinze ans par Denis Clarisse, mon frère, le designer de tous les produits Audiomat. C'est un schéma très particulier qui nous est propre et que nous affinons régulièrement avec l'avancée de la technologie et des composants.

H.F. : Prenez-vous certaines précautions particulières ?


N.C. : Tous les circuits sont nettoyés individuellement. Cela signifie donc que l'on gratte toutes les soudures, ainsi la moindre soudure sèche est automatiquement détectée bien avant le montage. Tous les composants sont montés à la main. Les circuits sont conçus en CAO, mais intègrent toutes les normes de sécurité (CE, etc..). Nous faisons également en sorte de travailler avec les meilleurs sous-traitants, ce qui s'avère loin d'être facile. Aujourd'hui, nous travaillons avec un tôlier très consciencieux. Il va jusqu'à intégrer l'épaisseur de la peinture lorsqu'il effectue le pliage des châssis. Il travaille à moins d'un dixième de précision. De plus, c'est sur ses conseils que nous utilisons une peinture Siemens amortissante développée en Allemagne pour les consoles professionnelles. Tous les dispositifs particuliers que présentent les appareils participent à la qualité du son. Ainsi tous nos appareils sont équipés de cônes vissés directement sur le châssis. Même l'angle du cône a des influences sur l'écoute. Au début on utilisait de l'acier, aujourd'hui, du laiton. Sur les convertisseurs, les transformateurs toriques sont fixés sur l'axe du cône pour un écoulement optimal des vibrations. A chaque fois c'est un petit plus en dynamique. Le capot en aluminium, c'est très joli, mais cela donne aussi un aigu un peu plus lumineux qu'un capot en acier qui donne une petite dureté dans le haut du spectre. En outre les composants réagissent différemment au même traitement. C'est pourquoi on se livre toujours à des essais. De toute façon, tout s'entend. Et chacun se positionne différemment vis-à-vis de ces phénomènes.

H.F. : Vous voulez dire qu'il y a des écoles différentes ?


N.C. : Absolument. Certains considèrent que la seule chose qui s'entend, c'est la mise en oeuvre mécanique. D'autres pensent que ce sont les alimentations. Nous pensons, pour notre part, qu'il est essentiel à la base d'avoir un bon circuit. Sans bon circuit, on est limité et on passe son temps à faire des compensations de défauts. La recherche de la neutralité passe par le refus de la compensation, autant que faire se peut. Nous ne sommes pas du tout convaincus que les tubes ont un son propre. C'est le schéma utilisé qui leur donne une sonorité spécifique. D'ailleurs deux amplis dotés des mêmes tubes peuvent sonner de façon radicalement différente.

H.F. : Comment expliquez-vous le bond en performances d'un Tango 2.5 par rapport à son prédécesseur ? Est-ce lié à l'adoption du standard 24 bits/96 kHz ?


N.C. : Lorsque l'on écoute un disque compact normal (16 bits/44.1 kHz), le standard 24 bits/96 kHz en lui-même n'y est pas pour grand-chose. Par contre, ce que les gens ne savent pas, c'est que, pour satisfaire au cahier des charges du standard 24 bits/96 kHz, les fabricants de composants électroniques ont dû améliorer les performances de leurs composants. Juste un exemple: pour annoncer une compatibilité 24 bits, Burr-Brown a été obligé d'améliorer le rapport signal/bruit de ses convertisseurs. On est passé ainsi de 120 à 130 dB. Mais, pour améliorer ce rapport signal/bruit, ils ont été obligés de diviser par dix le taux de distorsion. Donc ce cahier des charges 24/96 a imposé des composants plus performants. Et ce sont ces derniers qui font la différence et non pas le standard 24/96 en lui-même. A part cela, le Tango 2.5 utilise un étage d'entrée numérique ultra rapide qui fait la différence au niveau du Jitter. Ce dernier est considérablement réduit. Et je ne vous parle pas de l'optimisation à l'écoute de la carte analogique qui nous a pris plus de quatre mois.

H.F. : Finissons en beauté, quels vont être les prochaines sorties ?


N.C. : En matière de convertisseurs, bientôt arriveront le Tempo 2.5 et le Maestro, deux produits de haut de gamme. Le Maestro utilise quatre dacs 1704 K, une carte analogique dotée d'un circuit Téflon, pratiquement un (!) Farad en alimentation, un traitement mécanique de course (alu/plomb/laiton/plomb/alu), une sortie analogique symétrique. Nous devons aussi sortir un gros intégré à tubes équipé de huit tubes EL34 qui développera 70 watts par canal. Ensuite, nous sortirons le préampli référencé Opus 2 et des blocs mono 90 watts, puis 180 watts... Bref, beaucoup de travail en perspective et de très bonnes surprises à l'écoute. C'est tout cela qui entretient la passion.

PROPOS RECUEILLIS PAR LAURENT THORIN

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